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COLONISATION ET DECOLONISATION LE TEMPS DES DOMINATIONS COLONIALES

 

colonie

Introduction :

CONTEXTE

En 1850 les principaux pays européens disposent d’une puissante industrie, connaît la révolution des transports. La supériorité de leur technologie s’accompagne d’une forte croissance démographique. Ceci provoque des migrations humaines et rapidement d’un contrôle de vastes territoires peuplés en dehors du continent européen.

ORDRE D’IMPORTANCE :

De 1850 à 1939 tous les continents à l’exception de l’Europe et de l’Amérique sont touchés.

 

Quelles sont les causes de l’expansion européenne ? Quelles sont les diverses formes de la domination européenne ?

 

I. Quels sont les principaux Empires coloniaux en 1914 ?

            A. Sur quels territoires s’étendent les Empires coloniaux ?

 

Quels sont les principaux pays colonisateurs ?

Les pays colonisateurs sont principalement le Royaume-Uni et la France. Ils disposent d’un vaste Empire colonial s’étendant sur plusieurs continents. L’Allemagne a des colonies en Afrique (Togo, Cameroun, Namibie…) et dans le Pacifique (îles Bismarck…).

 

Où s’étendent les territoires dominés ?

L’Afrique est presque entièrement dominée par les pays européens, à l’exception du Libéria (fondée par les Etats-Unis pour les esclaves noirs libérés) et l’Ethiopie jusqu’à l’invasion italienne de 1936.

Les continents africains, asiatique et l’Océanie sont dominés.

 

_ La colonisation c’est la transformation d’un territoire en colonie. Celle-ci est alors soumise à une métropole (c’est-à-dire au pays colonisateur). On parle de colonialisme pour désigner les politiques visant à la constitution d’empires coloniaux. Le colonialisme est donc une forme particulière d’impérialisme. Le terme de colonialisme prend vite une connotation péjorative chez ceux qui y sont hostiles et qui sont désignés alors comme anticolonialistes. Les colonisés originaires des colonies sont dits indigènes ou autochtones, tandis que les colonisateurs venus s’y installer sont des colons.

 

_ Les  grandes puissances coloniales en 1914 sont :

* le Royaume-Uni, c’est la plus grande puissance coloniale : sur son Empire, « le soleil ne se couche jamais ». Elle a des possessions en Afrique, en Inde, Asie du Sud-Est, Australie, Canada…).

*  La France a également un Empire important, centré sur l’Afrique Noire, le Maghreb et l’Indochine.

* L’Allemagne qui s’est lancée tardivement dans la course coloniale, a seulement quelques colonies en Afrique et en Océanie (Nouvelle Guinée).

_ D’autres pays européens ont un Empire colonial comme le Portugal (Angola, Mozambique en Afrique), l’Italie (Libye, Erythrée, Somalie en Afrique), la Belgique (Congo Belge) et les Pays-Bas en Océanie (Indes Néerlandaises) et en Amérique (Surinam).

II-LE PARTAGE COLONIAL DE L’AFRIQUE À LA FIN DU XIXÈ SIÈCLE

un processus en deux temps, semblable à celui du XVIè siècle : d’abord l’ère des conquérants, puis l’action des gouvernements. Il aboutit à la formation d’un véritable système colonial.

 

A) un processus rapide

 

1- découverte ou conquête ?

Avant le début des années 1880, la colonisation a un caractère essentiellement côtier, en raison de l’ ignorance de la géographie de l’Afrique, de l’ indifférence relative envers ce continent. En 1914, la colonisation semble achevée. Elle prend  des formes variées. C’est un ensembles homogènes pour certaines puissances. Ainsi, la France fusionne ses possessions à l’ouest et au centre de l’Afrique en AOF (Afrique Occidentale Française)  et en AEF (Afrique Equatoriale Française). La Grande-Bretagne, elle,  établit une continuité territoriale à l’est de l’Afrique, de l’Ethiopie au Kenya et au sud. La Belgique s’établit  autour du Congo belge. Les possessions sont  plus éparses pour d’autres puissances qui ont des ambitions plus limitées ou manifestées plus tardivement. La carte de 1914 ne doit pas faire illusion car elle est tracée dans une réunion de diplomates, elle n’est donc pas toujours conforme aux réalités du terrain. De même,  ces conquêtes n’empêchent pas le maintien de certains Etats africains, comme l’Empire d’Ethiopie ou les républiques boers d’Orange et du Transvaal au sud de l’Afrique: les descendants des fermiers néerlandais font alliance avec des tribus pour s’opposer à la Grande-Bretagne, jusqu’à la défaite finale de 1902.

 

2- L’organisation de l’avancée européene : la conférence de Berlin

L’objet de la conférence est de régler un différent.  Les Français,  les Anglais et les Portugais affirment en effet chacun leurs prétentions sur le Congo. Berlin, capitale de l’Allemagne, est choisi comme  lieu de la conférence. L’Empire allemand est, en effet, la puissance majeure en Europe après son unification rapide couronnée par la guerre victorieuse de 1870 contre la France.  En même temps, elle est le pays le moins impliqué dans la conquête coloniale. Cela lui donne une position arbitrale intéressante. La conférence est présidée par Otto Von Bismarck, chancelier du Reich, c’est-à-dire Premier Ministre de l’Empereur Guillaume 1er.  Les participants à la conférence sont au nombre de 14 pays d’Europe. La France effectue son retour sur la scène internationale, 13 ans  après sa défaite de 1870 face à la Prusse, alors que son nouveau régime politique, la IIIè République, commence à se stabiliser. Les ambitions de chaque Etat sont à la fois différentes et convergentes. La GB veut conserver la maîtrise des côtes, de la Gambie au Cap et du Cap au Caire, en passant par la région des Grands Lacs. La France veut opérer la jonction entre ses territoires pour faire se rejoindre l’Afrique du Nord, l’Afrique occidentale et le Sahara. L’Allemagne veut créer un empire de Mittel Afrika du Cameroun au Tanganyika; De petits États européens ont des appétits territoriaux : le Portugal pour l’Angola et le Mozambique, la Belgique pour le Congo

Les enjeux de la conférence sont d’organiser la conquête coloniale en fixant des règles internationales pour éviter des appropriations sauvages et permettre à chaque Etat de faire d’éventuelles réclamations. Les règles adoptées établissent  la libre extension des colonisateurs dans les zones qu’ils occupent déjà et  la reconnaissance des zones déjà occupées. De même, sont reconnus l’obligation de matérialiser les frontières et d’installer une administration et  l’obligation d’informer les autres puissances des accords passés avec les indigènes.

Les limites de cet accord international proviennent des arrangements particuliers entre Etats qui organisent la maîtrise des côtes, essentielles pour le commerce et les communications. De plus, il n’existe aucun moyen d’imposer à un Etat le respect des conclusions de la conférence. Enfin, la conférence n’empêche pas les crises entre Etats. Ainsi, on peut dire que la conférence de Berlin ne précède ni ne lance la conquête coloniale. Elle l’accompagne et l’organise sous une forme diplomatique assez moderne.

 

 

3- La persistance des conflits

Au sortir de cette conférence, il existe toujours des rivalité entre puissances de différents niveaux. Ainsi, la rivalité entre la  France et l’Italie, qui se disputent des concessions de chemin de fer en Tunisie. Elle se termine par  la nomination d’un Premier Ministre favorable à la France qui  favorise les intérêts de cette dernière. Le traité du Bardo (1881) installe le protectorat français. De même perdure, la rivalité entre la  Grande-Bretagne et les Pays Bas, qui aboutit aux deux guerres des Boers pour le contrôle de l’Etat libre d’Orange et de la République du Transvaal. Les Boers font alliance avec les Zoulous contre les Britanniques qui commettent de graves atrocités (construction de camps de concentration et organisation d’une famine) jusqu’à la victoire finale des Anglais en 1902.Enfin, il existe des rivalité entre grandes puissances européennes, qui peuvent dégénérer en crises internationales graves. C’est le cas de la rivalité entre l’Angleterre et l’ Allemagne pour le contrôle du Nil, de celle entre la  France et la Grande-Bretagne  à propos de Fachoda en 1898 et de celle entre la  France et l’Allemagne à propos du Maroc en 1905 et en 1911.

 

B) les acteurs du partage

 

1- Les découvreurs : explorateurs et géographes

A l’origine de la colonisation; il y’a souvent le personnage de l’explorateur. Prenons l’exemple de  Pierre Savorgnan de Brazza (1852-1905). C’est un explorateur français d’origine italienne, ancien élève de l’École Navale. Il effectue plusieurs missions en Afrique et remonte le fleuve Congo. Il consolide la domination française sur l’Afrique équatoriale et signe des traités avec le roi de la tribu des Téké. Partisan de méthodes pacifiques, il s’oppose aux pratiques violentes de certaines missions militaires françaises ou de certains souverains étrangers (comme le roi Léopold au Congo). Victime de diverses mises en cause, il est écarté de ses fonctions par le gouvernement. La capitale du Congo porte le nom de Brazzaville, et la dépouille de l’explorateur y repose depuis 2006.

 

2-Les conquérants : les soldats

Les soldats sont aussi à l’origine de l’établissement des Empire coloniaux. C’est le cas des  des capitaines Paul Voulet et Julien Chanoine, deux jeunes brillants officiers de l’Ecole Militaire, qui ont participé à l’expédition en pays Mossi (sud du Niger) et qui reçoivent en 1898 le commandement de la mission « Afrique centrale » chargée d’investir le Tchad à partir du Niger et du Dahomey (Bénin actuel). En appliquant des méthodes brutales, ils sèment la désolation et la mort sur leur passage jusqu’à ce que leurs exactions leur valent d’être relevés de leur commandement en juillet 1899. Les deux hommes se rebellent mais leur mutinerie tourne court. Une épopée moins sombres et celle de Lyautey l’africain qui, après une mission au Tonkin, débarque en Algérie d’où il effectue de nombreuses incursions militaires au Maroc. En 1912, il prend la tête du protectorat français au Maroc et mène une politique complexe : respect des élites et de la culture marocaines, développement économique, lutte contre la résistance des montagnards. Il faut souligner aussi que de  nombreux chefs militaires français sont passés par les colonies d’Afrique : Faidherbe, Galliéni. Cette  présence des soldats répond à une double nécessité Il s’agit d’abord de poursuivre et consolider  les conquêtes mais aussi de  réprimer les révoltes. Celles-ci sont nombreuses et constantes tout au long du XIXè siècle. Il faut noter que tous les soulèvements se soldent par un échec.

 

3- les  cadres : les administrateurs

Les colonies sont gérées par des administrateurs au rôle variable selon le statut administratif du territoire La France privilégie l’administration directe, dans le cadre d’une politique d’assimilation de ses colonies à la métropole. Les administrateurs coloniaux forment une élite qui a sa propre école (l’Ecole Coloniale) et sa hiérarchie, jusqu’aux postes les plus prestigieux de gouverneur général (sorte de super-préfet nommé par le gouvernement, aux pouvoirs étendus). La forme la plus poussée   est celle de l’Algérie, qui est réorganisée en 3 départements.

La Grande-Bretagne privilégie l’administration indirect dans le cadre d’une politique d’association de ses colonies avec la métropole. Les territoires coloniaux deviennent alors des protectorats ou des dominions, dotés d’une large autonomie (Afrique du Sud). Les autorités traditionnelles restent en place. Ces administrations encadrent les colons présents : hommes d’affaires, soldats, mais aussi missionnaires, éducateurs, sans oublier les médecins qui impulsent une médecine coloniale avec un personnel indigène.

 

C)    Une utopie colonisatrice  ?

 

1- un choix politique assumé et partagé

La colonisation est considérée comme au-dessus des partis, ni de droite, ni de gauche, avec un parti colonial qui transcende ces différences. Cependant, il y a un contraste dans l’attitude de l’opinion publique. Celle-ci est hostile à l’expansion coloniale, mais en même temps favorable à l’impérialisme, qui flatte les intérêts nationaux. La colonisation apparaît alors comme un exutoire à tous les problèmes intérieurs: pauvreté, conflits sociaux, surpopulation. Elle est un dérivatif qui permet le triple oubli de la défaite, de la perte de l’Alsace-Lorraine, de l’affaiblissement international de la France. Elle pose l’idée d’une mission de la France, dans le sillage de l’esprit des Lumières du XVIIIè siècle et de la révolution industrielle du XIXè siècle.

 

2- l’exploitation des colonies

Différents types d’exploitation peuvent être distingués. Le cas le plus simple est celui de la confiscation des terres agricoles. 40% des terres d’Algérie sont ainsi confisquées aux indigènes. Dans d’autres colonies, il s’agit d’exploiter des mines de diamants et de  cuivre, de mettre en place des plantations agricoles de café, de thé, de caoutchouc ou d’exploiter les ressources de la forêt comme bois d’okoumé. L’exploitation des colonies est assurée par des sociétés privées qui reçoivent des concessions attribuées par les gouvernements. Cette solution évite à l’Etat de financer directement les énormes investissements nécessaires à la valorisation économique des colonies. Or, pour se procurer de la main d’œuvre à bon marché et limiter les coûts, les sociétés ont recours au travail forcé des populations et les soumettent au code de indigénisme. L’État colonial couvre cette pratique, qui se substitue à l’esclavage, officiellement aboli. La mise en valeur est complétée par l’aménagement d’infrastructures de transport : par exemple, l’aménagement de ports (Dakar), la construction de chemins de fer (chemin de fer du Yunan en Chine ou du Bagdad –Berlin), ou de voies d’eau (barrage d’Assouan, canal de Suez).

Dans un premier temps, les rendements sont très élevés et atteignent des niveaux exceptionnels. Deux exemples le montrent : le prix du caoutchouc en 1910 :  prix réel entre 25 et 80 centimes, prix de vente du kilo : de  1 à 3 F ; le prix de l’ivoire : prix réel : entre 2 et 8 F. et prix de vente : entre 30 et 60 F. Ils plafonnent ensuite, car les marchés sont saturés et l’Etat prend le relais en finançant des investissements publics. Au total, les colonies sont une bonne affaire pour certains industriels et commerçants, mais pas pour le budget de l’Etat. Or, en France, une loi de 1910 prévoit que les colonies ne doivent rien coûter au budget de l’Etat : cela limite un peu plus les investissements publics.La propagande coloniale exalte les bienfaits de la mise en valeur économique. Ainsi pour les constructions de voie ferrés, les films de l’époque valorisent le train. Ces documents sont teintés d’exotisme avec un passage en milieu tropical, une vision rapide de villages de huttes, des acclamations admiratives de populations noires qui suivent le train. Les campagnes de publicité d’André Citröen  (la croisière jaune et la croisière noire) dans les années 1920 mêleront la valorisation des automobiles et l’exaltation des colonies.

 

3-  Une culture entre deux mondes

La conquête coloniale amène à découvrir d’autres mondes. Plusieurs media s’en veulent le reflet. C’est le cas de la littérature, qui pratique un exotisme littéraire basé sur le dénigrement des peuples de couleur et sur la valorisation de l’oeuvre coloniale. Cf Jules Verne, cf  André Malraux, cf Victor Hugo. Le cinéma  joue aussi un grand rôle avec l’un des premiers films qui a pour thème une Vente d’esclaves au harem (1897), avec Le Bled de Jean Renoir, Pépé le Moko, de Julien Duvivier, qui identifie l’arabe à un criminel  perturbant l’ordre social. A ces arts, il faudrait ajouter la la musique (cf La petite tonkinoise, la casquette du père Bugeaud), la peinture avec les courants de l’orientalisme, de l’africanisme et de l’art nègre. On assiste donc au développement d’une culture coloniale qui malgré son parti pris, installe la figure de l’Autre dans la conscience européenne. Cette culture européenne est diffusée à travers un réseau d’écoles qui n’offrent cependant que de rares cas d’ascension sociale aux indigènes. Les exemples de Léopld Sédar Senghor, de Félix Houpouet-Boigny, etc. sont emblématiques mais exceptionnels.

 

II l’Empire français au moment de l’exposition coloniale de 1931 : réalités, représentations, contestations

 

A) « La plus grande France »

1- un empire de taille mondiale…

C’est le second empire colonial après celui de la Grande-Bretagne : 50 millions d’habitants répartis sur 10 millions de km 2 avec des possessions sur tous les continents, qui se sont étendues avec l’attribution des colonies perdues par l’Allemagne après la 1ère guerre mondiale. La SDN a donné à la France un mandat (la mission d’administrer des territoires habités par des peuples jugés incapables de se diriger eux-mêmes) sur le Cameroun et le Gabon, ainsi que sur d’anciennes possessions de l’empire ottoman, la Syrie et le Liban.

 

2- … mais mal connu

A l’ouverture de l’exposition coloniale, la France découvre son empire colonial. Les colonies constituent un réservoir de combattants : ex des 8 0000 tirailleurs sénégalais puis des 2000 Indochinois et des 25 000 hommes d’AFN dans la  guerre de 1914-1918. C’est le mythe de la « force noire » et de la « force jaune ». Contrairement à la légende, ils ne sont pas la « chair à canon » de la première ligne : la proportion des pertes est égale à celle des poilus français (environ 25%). Mais ils résistent plus mal aux variations du climat et aux rigueurs de certains hivers.  De plus, de nombreux coloniaux travaillent dans les usines de guerre pour soutenir l’effort industriel de la France. Après la guerre, la France accueille une immigration importante car elle a besoin de main d’œuvre pour reconstruire le pays. Pendant la crise économique, l’Empire colonial est un exutoire utile pour les produits français de la métropole qui ne peuvent plus se vendre à l’étranger.

 

B) La propagande impériale

 

1- Une manifestation de grande ampleur

L’exposition coloniale de 1931 a lieu dans la tradition des expositions internationales du XIXè siècle, qui ont consacré plusieurs pavillons aux colonies. Elle fait suite à l’exposition coloniale de Marseille en 1922 et à plusieurs autres manifestations régionales. L’année précédente, en 1930, la France a commémoré le centenaire de la conquête de l’Algérie. En 1935, a lieu le salon des Antilles et en 1937, l’exposition internationale, qui comporte un volet colonial. Cette exhibition se déroule dans un cadre majestueux : le bois de Vincennes, près de Paris. Le site de l’exposition comporte 4 parties : la France métropolitaine, les territoires d’outre-mer, les pavillons nationaux des Etats participants, le musée permanent des colonies. Les vestiges de l’exposition sont toujours visibles, à travers le zoo de Vincennes et le musée africain. Cette exhibition a des patronages prestigieux : le Maréchal Lyautey (1854-1934), le ministre des Colonies et la visite du Président de la République

 

2- des participants nombreux

On constate une prépondérance de la France, puissance organisatrice avec une reproduction du temple d’Angkor Vat, temple khmère de l’ancienne civilisation cambodgienne du XIIè siècle.  Autour, on constate la présence de chaque pays vainqueur de la guerre de 14-18, avec son propre pavillon avec sa propre thématique par exemple :                                                                                            - le Portugal, avec 2 pavillons évoquant sa période de gloire coloniale au XVè-XVIè siècle;

- l’Italie, avec une représentation de Septime Sévère, le premier empereur romain issu des colonies. Ce pays déçue des résultats de la paix de 1919, nourrit de nouvelles ambitions coloniales. Elle s’emparera de l’Ethiopie en 1936.

- les Etats-Unis, avec le pavillon du Mont Vermont, bien que le président Woodroow Wilson ait fixé en 1918 dans ses 14 points listant les conditions d’un nouvel ordre international après la 1ère Guerre Mondiale des principes favorables aux colonies : liberté, égalité, droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

On peut noter quelques absents symboliques :

-la Grande-Bretagne, qui s’est contentée d’installer un stand d’information, alors qu’elle reste la première puissance coloniale ! Mais elle est en négociations avec le parti du Congrès, mouvement indépendantiste dirigé par Gandhi sur le statut d’autonomie de l’Inde et souhaite faire profil bas

- l’Allemagne, qui a perdu ses colonies

Cette exhibition est visité par un public nombreux : 33 millions de visiteurs (même si en fait une entrée nécessitait 4 billets, donc peut-être 8 millions, ce qui est considérable ) et 30 millions de francs  (19 300 000 € en valeur 2011).

 

3-  exposition ou exhibition?

Cet événement est l’occasion d’une captation d’un exotisme colonial qui est présenté au public. Sans revenir aux zoos humains installés au Jardin d’acclimatation à la Belle Epoque, l’Exposition multiplie  les spectacles « authentiques » : processions rituelles de l’Annam (Indochine), défilé de la cour de l’ancienne reine Ranavalona III de Madagascar. Il s’agit, en fait, d’une vitrine de l’œuvre coloniale de la France  sur le plan économique (développement de la production agricole et industrielle, urbanisation, implantation d’infrastructures de communication, etc.) et culturel (effort d’éducation et de médicalisation).Bref, les clichés de l’ « utopie » de la « république coloniale » (N. Bancel) jouent à plein. La vision du colonisé est stéréotypée et caricaturale. Il apparaît même dans de véritables zoos humains : réduit à un état d’animalité et en tout cas d’infériorité, présenté comme sous-développé, sauvage. On observe une quasi unanimité nationale autour des colonies dans un contexte de crise économique et morale. Les Français pensent qu’avec la crise économique, ils sont entrés dans une phase de déclin, corolaire du déclin de l’Occident tout entier. L’Empire colonial est considéré avant tout comme un marché économique salutaire et comme l’image du rayonnement de la France.  La droite voit dans le colonialisme le prolongement du nationalisme. La gauche oscille entre critiques en demi-teinte et sentiments contradictoires.  A l’époque, l’anti-colonialisme a un faible écho . La contre-exposition coloniale intitulée « la vérité aux colonies » organisée par le parti communiste est un échec : 5000 visiteurs, peu d’écho dans la presse, peu de soutiens parmi les intellectuels, sauf Aragon, Paul Eluard, André Breton. Cette propagande anti-coloniale est relayée par la ligue contre l’oppression coloniale, créée à Bruxelles en 1927 et présidée par  le physicien Albert Einstein. Ces positions n’ont qu’un impact limité. Pourtant, les contestations commencent à se manifester

 

C) des contestations en émergence 

 

1- des formes d’opposition diverses

On constate l’apparition de mouvements revendicatifs en Afrique avec l’Etoile Nord Africaine de Messali Hadj, et le Néo- Destour de Nabib Bourguiba et en Asie avec le Parti du Congrès de Gandhi et de Nehru. Des opposition plus violentes se font jour. Ainsi pour la guerre du Rif (= territoire montagneux du Maroc) contre l’Espagne, conduite par Abd El Krim. Il est vaincu en 1926, mais les Européens ont dû utiliser d’importants moyens militaires .En Indochine se déroule l’émeute de Yen Bay en en 1930, suivie par une répression féroce. Elle marque le début de la contestation qui est relayée ensuite par le tout nouveau parti communiste dirigé par Hô Chi Minh. Ces faits témoignent de la montée du nationalisme, qui réclame surtout l’autonomie, parfois l’indépendance. Ces mouvements sont appuyés en Europe par quelques intellectuels comme le physicien Albert Einstein, qui prend la présidence de la ligue contre l’oppression coloniale.

 

2 – le contre-exemple britannique

En 1931 est crée le Commonwealth, qui rassemble les colonies britanniques dans un cadre souple. En parallèle, on constate des  évolutions ponctuelles comme l’Indian act (1919 ou 1935), qui donne plus d’autonomie à l’Inde, limitée toutefois par un droit de veto du gouverneur général. Des conférences impériales se réunissent régulièrement à Londres pour gérer.  L’autonomie accordée progressivement à l’Egypte (1922-1936) et à l’Irak (1932)

 

3-la rigidité française

En 1937, Léon Blum président du Conseil d’un gouvernement de Front Populaire et son ministre des Colonies Maurice Viollette (1870-1960)  élaborent en décembre 1936 un projet de loi « relatif à l’exercice des droits politiques par  certaines catégories de sujets français »qui concerne 25 000 musulmans d’Algérie (sur 6 millions d’électeurs potentiels). Ce projet suscite de nombreuse opposition et il est finalement rejeté.

 

Conclusion générale : Le terme de partage colonial est confirmé par la réalité des découpages territoriaux et des affrontements qu’ils ont provoqué entre puissances européennes. Cependant, cette notion mérite d’être nuancée pour plusieurs raisons. Il faut ainsi souligné la diversité des situations.

III. En quoi la « guerre d’Algérie » illustre-t-elle les difficultés de la décolonisation ?

A. Une volonté d’indépendance refusée par la France

En 1943, le leader nationaliste algérien Fehrat Abbas lance son « Manifeste du Peuple Algérien », revendiquant l’indépendance pour l’Algérie. De Gaulle, chef de la France libre (organisation de résistance extérieure depuis Londres puis Alger), réaffirme la souveraineté de la France sur l’empire mais concède qu’il faut octroyer la citoyenneté à « plusieurs milliers de musulmans ». L’ordonnance du 7 mars 1944 abolit le Code de l’indigénat mais n’accorde des droits civiques qu’aux élites algériennes (65 000 sur 1,5 millions de musulmans). Ces mesures, rejetées par la plupart des Français d’Algérie, sont jugées insuffisantes et dépassées par les musulmans qui veulent désormais plus.

• Dans ce contexte, des émeutes éclatent. En avril 1945, Messali Hadj, autre leader nationaliste, devait prendre la tête d’un gouvernement d’insurrection mais la France le déporte au Congo français pour barrer ses projets. Des manifestations de protestations éclatent les 1er et 8 mai 1945 (jours de la fête du travail et de l’armistice) et tournent à l’émeute à Sétif et Guelma : des Européens sont pris pour cibles (une centaine de morts). Les troupes françaises et les milices des colons répriment sévèrement. Les chiffres français parlent de 1500 victimes musulmanes, les chiffres algériens avancent le chiffre de 45 000 morts (aucune des deux estimations n’est crédible).

• Le manifeste du FLN » (FLN pour Front de libération nationale), est le texte fondateur de ce mouvement politique et paramilitaire algérien luttant, à partir de 1954, pour l’indépendance de l’Algérie. Le texte date du 1 er novembre 1954, jour où le FLN déclenche les premiers attentats contre les intérêts français en Algérie. Le second document est un extrait d’une allocution de Guy Mollet, chef du gouvernement français, devant les députés en mars 1956. A cette date, la « guerre d’Algérie » a débuté (bien que l’expression ne soit pas encore employée). C’est le moment où Guy Mollet décide d’envoyer le contingent (classe d’âge appelée pour faire son service militaire) en Algérie, en renfort de l’armée.

• Dès les premières lignes, le manifeste du FLN est clair sur son objectif « But : l’indépendance nationale ». Il est aussi question de « la liquidation du système colonial ». On comprend donc bien que le FLN veut libérer l’Algérie de la domination française (qui a été colonisée en 1830). Mais deux autres objectifs sont énoncés :

- « la restauration de l’Etat algérien souverain, démocratique et social » : il s’agit de remettre en place l’Etat algérien (l’emploi du mot « restauration » indique que la colonisation est une parenthèse dans l’histoire de l’Algérie, que les institutions pré-colonisation seront restaurées, ce qui ne sera pas le cas) ;

- « le respect de toutes les libertés fondamentales sans distinction de races et de confessions » : le FLN réaffirme l’importance de l’égalité des droits pour tous, essentiellement les droits politiques (tels que le droit de vote) ;

• En métropole, l’allocution de Guy Mollet devant les députés en mars 1956 résume bien l’état d’esprit de la majorité de la classe politique française de l’époque (à ’exception des communistes, farouchement anticolonialistes depuis le début du XXèmesiècle). Pour la première fois, un dirigeant français reconnaît que les musulmans algériens sont des citoyens de « seconde zone » (qui ne disposent pas de droits politiques identiques à ceux des « Français de souche »). Mais il refuse catégoriquement l’idée d’une indépendance de l’Algérie (car l’Algérie est française depuis 1830 et parce qu’un million de Français, ou « pieds noirs » y sont établis).

B. La « guerre d’Algérie »  trois guerres en une

• La guerre d’Algérie est une guerre franco-algérienne qui se déroulant en trois étapes :

- 1954-1956 : une guerre qui ne dit pas son nom.

Le 1er novembre 1954, le FLN déclenche 30 attentats contre les intérêts français en Algérie : c’est la « Toussaint rouge » (7 morts). La France répond par la répression, refusant le principe d’une indépendance. Des renforts de police sont envoyés pour des « opérations de maintien de la paix ». Le conflit s’intensifie en août 1955 avec une nouvelle série d’attentats, qui accroît encore la répression. En février 1956, le nouveau président du conseil (Guy Mollet) vient à Alger pour lancer sa nouvelle politique fondée sur la paix : l’accueil que lui réservent les colons est houleux et il change d’avis : en mars 1956, le contingent est envoyé en Algérie (les effectifs militaires passent de 54 000 hommes à 350 000 hommes entre 1954 et 1956) et il obtient du parlement des « pouvoirs spéciaux » pour 6 mois afin de régler la question algérienne ;

- 1956-1959 : l’enlisement et l’escalade de la violence. L’intensification de la répression française se poursuit : l’armée française lance la « bataille d’Alger » (janvier-juillet 1957) en procédant à des contrôles, à des arrestations et en ayant recours à la torture). En janvier 1958, le bombardement des bases du FLN repliées en Tunisie déclenche un tollé international (car la Tunisie est un Etat indépendant depuis 1956 et parce des civils tunisiens sont tués). S’en suit une forte instabilité gouvernementale. Le 13 mai 1958, un nouveau gouvernement est formé par Pierre Pflimlin mais des émeutes éclatent à Alger parce qu’il est partisan de la négociation et de la paix avec le FLN. Des pieds noirs et des soldats français prennent d’assaut le « Gouvernement général », siège de l’administration coloniale et réclament le retour du général de Gaulle au pouvoir pour qu’il règle la crise algérienne. Il est investi le 1er juin 1958. Si l’armée continue à agir, de Gaulle propose dès octobre 1958 une « paix des braves » (que le FLN refuse), puis évoque en septembre 1959 l’autodétermination (possibilité pour les Algériens de choisir leur avenir).

- 1959-1962 : de l’autodétermination à l’indépendance De Gaulle doit alors faire face à l’opposition des Français d’Algérie (« semaine des barricades » en janvier 1960), de l’armée (« putsch des généraux » en avril 1961) et d’une organisation terroriste, l’Organisation armée secrète qui commet elle aussi des attentats en Algérie comme en France contre les partisans de l’indépendance (« attentat du petit Clamart » contre de Gaulle en août 1962). Des négociations ont lieu avec le FLN : elles débouchent sur la signature des accords d’Evian le 18 mars 1962 et d’un cessez-le-feu le 19 mars (mais les violences se poursuivent). Le 3 juillet, l’Algérie proclame son indépendance.

• La guerre d’Algérie constitue une guerre franco-française. L’OAS et l’armée ne supportent pas l’idée de l’indépendance pour des motifs militaires (il en va de l’honneur de l’armée, après la défaite en Indochine en 1954) : l’OAS organise donc des attentats en France (le maire d’Evian, Camille Blanc, est assassiné pour avoir accepté que sa ville reçoive le FLN pour les négociations avec le gouvernement français). Les pieds noirs s’opposent à l’indépendance pour des motifs économiques (ils y ont tous leurs biens) : le 13 mai 1958, ils saccagent le Gouvernement général à Alger pour dire leur refus.

• La guerre d’Algérie constitue aussi une guerre algéro-algérienne. Le FLN mène une lutte acharnée contre son rival, le Mouvement national algérien (parti fondé en 1954 par Messali Hadj) : ses membres sont assassinés. Le FLN n’hésite pas aussi à assassiner des harkis (musulmans engagés dans l’armée française) qui sont perçus comme des traitres.

C. Une indépendance et des mémoires douloureuses

Les accords d’Evian, signés le 18 mars 1962 par le gouvernement français et le FLN. Ils débouchent le lendemain sur le « cessez-le-feu » (arrêt des combats) entre l’armée française et le FLN. Les accords d’Evian rappellent que « le peuple français a, par le référendum du 8 janvier 1961, reconnu aux Algériens le droit de choisir, par voie d’une consultation au suffrage direct et universel, leur destin politique par rapport à la République française). Il est ici fait référence au référendum (consultation du corps électoral, qui doit répondre par oui ou non à une question posée par le Président de la République) sur l’autodétermination où 75% des électeurs se sont prononcé pour le « oui » : ainsi ils permettent aux Algériens de choisir leur avenir politique. Un nouveau référendum s’est tenu en Algérie le 1er juillet 1962 : 99,72% des électeurs votent en faveur de l’indépendance, reconnue par de Gaulle le 3 juillet 1962 (et officiellement célébrée le 5 juillet, date anniversaire de la conquête de 1830).

Mais l’indépendance de l’Algérie pose problème. Les pieds noirs doivent quitter le pays (à moins qu’ils choisissent de prendre la nationalité algérienne) et doivent abandonner tous leurs biens sur place. D’après les estimations, 800 000 pieds noirs ont quitté l’Algérie alors que 200 000 y seraient resté. Mais le rapatriement est improvisé : les populations arrivant en France sont accueillies dans la famille ou chez des amis (quand ils en ont) et certains sont installés dans des camps. L’indépendance donne lieu également à des règlements de compte : des pieds noirs et des harkis sont massacrés à l’été 1962.

Encore aujourd’hui, ce conflit fait débat :

- sur son appellation : en France, on parle de « guerre d’Algérie » (depuis la reconnaissance officielle par Jacques Chirac en 1999) alors que du côté algérien, il est question de « révolution » ou de « guerre de libération » ;

- sur son bilan : le pouvoir algérien évoque le chiffre de 1,5 millions de « martyrs » alors que des historiens (Benjamin Stora, Guy Pervillié) évoquent 30 000 victimes françaises et 300 000 victimes algériennes ;

- sur la question des responsabilités : la torture n’a jamais été sanctionnée ; bien que l’Algérie demande que la répression des émeutes de Sétif et Guelma soit reconnue en tant que crime contre l’humanité, ce n’est toujours pas le cas…

Conclusion

• A son apogée, pendant l’entre-deux-guerres, l’empire colonial français est le deuxième plus vaste et plus peuplé de la planète (derrière celui du Royaume-Uni) : cet empire était donc une source de fierté nationale, mais aussi un apport de ressources en tout genre, de main-d’œuvre voire de soldats (qui sont venus prêter main forte pendant les deux guerres mondiales).

• La guerre d’Algérie illustre bien les difficultés de la décolonisation française. Après le traumatisme que constituent la défaite militaire et la perte de l’Indochine en 1954, il est impensable que la France perde l’Algérie. Après une réaction armée intransigeante, le retour du général de Gaulle aux affaires infléchit la politique française vis-à-vis de l’Algérie. C’est surtout sous l’effet de la pression de l’opinion publique que la France accepte l’indépendance de l’Algérie (une majorité des Français est réticente à l’envoi du contingent en Algérie).

 

 

 

 

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