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Le Proche et le Moyen-Orient, un foyer de conflits depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

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« Vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples. Je savais qu’au milieu de facteurs enchevêtres une partie essentielles s’y jouait, il fallait donc en être  » écrit de Gaulle dans ses mémoires de Guerre au sujet d’un voyage au Liban.
Ce texte démontre l’importance de cet espace géographique à partir de la fin du second conflit mondial. L’expression Moyen Orient, née sous la plume de l’Amiral Mahan en 1902, désigne une vaste région qui s’étend du Nord de la Turquie à la pointe sud de la péninsule arabique et de l’Égypte à l’Iran. L’expression proche-orient, inventée par les européens, ne comprend que les pays ayant une façade méditerranéenne (Turquie, Syrie, Liban, Israël, Égypte) auxquels on ajoute la Jordanie. C’est une expression de moins en moins utilisée.
Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, cette région est une zone de tension permanentes et de conflits aux origines multiples et complexe. Marquée par un grande diversité culturelle et religieuse, la région est aussi au cœur d’importants enjeux géopolitiques.
En quoi peut on dire que les conflits Moyen-orientaux ont une résonance mondiale  ?

I-Une région aux enjeux multiples.
1-Une zone géostratégique.
La région est d’abord un carrefour entre la Méditerranée et l’Océan Indien ce qui explique son importance stratégique. C’est un lieu de contact et d’échanges mais aussi de rivalités et d’affrontements depuis l’antiquité.

2-Une diversité culturelle et religieuse.
La région est marquée par une grande diversité de peuple et de religions. Trois grands peuples sont présents au Moyen-Orient:
- les Turcs (60 millions)
- les Arabes (190 millions)
- les Perses (65 millions)
Ils ont successivement imposé leur domination sur le territoire, ce qui nourrit des visions antagonistes du passé.
D’autres peuples présentent des effectifs plus restreint:
- Les Kurdes (25 à 30 millions) qui forment une minorité présente dans quatre pays mais sans Etat propre. Ils sont régulièrement victimes de discriminations et de persécutions.
- La présence des Juifs (5,5 millions) résulte d’une immigration récente en Palestine, qui commence au début du XXème siècle et qui se heurte aux populations arabes de la région.
Sur le plan religieux, la diversité est également de mise.
- L’Islam est la religion majoritairement pratiquée. Les musulmans sont divisés entre sunnites majoritaires et chiites et comptent aussi un certain nombre de groupes minoritaires.
- Les chrétiens (environ 10 millions) sont dispersés en plusieurs communautés dont les unes reconnaissent l’autorité de Rome (comme les maronites du Liban) et les autres forment des Eglises autonomes de rite orthodoxe (comme les coptes en Egypte).
- Les juifs, autrefois dispersés dans le Moyen-Orient, sont désormais réunis dans les frontières d’Israël.
Cet espace abrite aussi plusieurs lieux saints :
- Jérusalem, ville trois fois sainte car elle contient les lieux les plus sacrés des religions juive Le Mur des Lamentations, vestige du Temple de Salomon) et chrétienne (l’Eglise du Saint Sépulcre) et le troisième lieu saint de l’islam (le Dôme du Rocher et la Mosquée Al-Aqsa)
- La Mecque (lieu de naissance de Mahomet, elle abrite la Kaaba au coeur de la Mosquée sacrée) et Médine (lieu de mort et tombeau du prophète).
- Qom, Nadjaf et Karbala sont des lieux saints chiites qui accueillent centres théologiques (hawza) et lieux de culte (ex : mausolée de Fatima Masoumeh, soeur d’Ali à Qom)

3-Des ressources abondantes en hydrocarbures.
La principale zone d’hydrocarbure se situe dans la région du Golfe persique. Plus de 60 % des réserves mondiales estimées de pétrole et 40 % .Si les premiers gisements ont été découverts au début du XXème siècle, l’exploitation massive ne débute qu’après 1945.
Aujourd’hui, les principaux pays exportateurs sont l’Arabie Saoudite (22,5% des réserves mondiales), l’Iran (11,5%), l’Irak (9,5%), le Koweït (8,5%), les E-A-U (8%), le Qatar qui, en 1960 créèrent l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole).
C’est au moyen d’oléoducs et de gazoducs que les pays du golfe persique exportent leurs ressources. Elles sont convoyés vers la mer, sous la surveillance des Etats-Unis qui contrôlent militairement la route du pétrole qui passe par les détroits d’Ormuz et de Bab-el-Mandeb et par le canal de Suez.
Le pétrole, un enjeu majeur
En 1973, suite à la guerre du Kippour, les pays de l’OPEP vont quadrupler le prix du baril de pétrole. Cette ressource devient alors une arme politique puisque son rationnement et l’augmentation de son prix vont entrainer une désorganisation mondiale de l’économie : la crise, régionale à la base, va s’étendre sur le monde.
Cette manne financière dégagée par la vente du pétrole permet aussi aux pays du Golfe:
- de moderniser leur économie;
- de développer le niveau de vie de leur population;
- de nouer des relations commerciales fortes.

4-Le problème de l’eau.
Au Proche et Moyen Orient, la répartition de l’eau est inégale. Les conditions climatiques ainsi que les prélèvements grandissants (croissance démographique, développement économique…) entrainent des crises entre les pays dans lesquels coulent les fleuves.
Les pays en amont sont privilégiés et souvent abusent d’une eau difficile à partager. C’est le cas de la Turquie a construit sur l’Euphrate et le Tigre des barrages multiples, détournant une partie des eaux des fleuves d’où des relations tendues avec la Syrie. C’est aussi pour s’approvisionner en eau douce dans le lac Tibériade qu’Israël a annexé le plateau du Golan (conquis en 1967 sur la Syrie).
Certains pays dépourvus en eau construisent des usines de désalinisation d’eau de mer. C’est le cas des pays du golfe persique. Ces installations demandent cependant des financements importants (ce qui explique par exemple que le Yemen, PMA, n’en possède pas).
En ce sens, cette ressource est aussi une monnaie d’échange.

II-Une histoire politique et diplomatique complexe.
1-L’héritage de la colonisation
A-Les frontières
Héritées de la période de domination européenne, ces frontières ont été érigées sans tenir compte des réalités humaines, économiques ou historiques. Modifiées à de nombreuses reprises depuis leur création, elles morcellent la région et sont souvent discutées, voire niées.
L’EXEMPLE LIBANAIS
Le Liban se présente comme une mosaïque religieuse puisque les chrétiens (maronites, orthodoxes…) partagent le territoire avec des musulmans de différents courants (sunnites, chiites, druzes…). Cette diversité religieuse, ajoutée au motif premier de création du Liban (protection des chrétiens) est source de tensions cycliques : elle débouchera en 1975 sur une guerre civile qui durera 13 ans, qui affaiblira le pays au point d’en faire un front israélo-syrien. Le problème évoqué dans le texte concerne un territoire exigu (les fermes de Sheeba : 25 km²) revendiqué à la fois par le Liban, la Syrie et plus récemment Israël (territoire occupé depuis la guerre des six jours). Les frontières établies lorsque la France a créé le Liban ont été mal bornées ce qui fait de ce territoire, aux limites floues une source de conflit
B-Des États fragiles
La plupart des pays de la région demeurent marqués par l’absence de réelle tradition démocratique. La domination de chaque Etat est assurée en général par un groupe communautaire religieux, ethnique ou tribal. Seul Israël fait exception à la règle : elle se considère comme une démocratie en guerre. Un pays affiche une certaine originalité par rapport à ses voisins : La Turquie, seul Etat du Moyen-Orient à n’avoir pas connu la domination directe des Européens.
UN CONTRE-EXEMPLE : LA TURQUIE DE MUSTAPHA KEMAL
Mustapha Kemal (Atatürk) a lancé la Turquie dans une modernisation et une laïcisation à marche forcée. Le kémalisme entend porter le changement au coeur de la société, sur la base d’un système politique centralisé et autoritaire, avec un parti unique. La politique de laïcisation, conduite dès les années 1920 (abolition de califat en 1924, Constitution de 1928 qui ne reconnaît plus l’islam comme religion d’Etat, revendication de la laïcité comme principe de l’Etat turc en 1937), est restée sans équivalent dans le monde jusqu’à aujourd’hui dans un Etat musulman.

2-Un enjeu de la guerre froide.
Le Moyen -Orient durant la Guerre Froide : la Turquie, le Liban, Israël, l’Iran, l’Arabie saoudite et les émirats du Golfe sont intégrés au bloc occidental. L’Egypte, la Syrie, l’Irak et le Yémen du sud sont intégrés au bloc soviétique. Le Moyen-Orient devient une zone de tension extrême durant la Guerre Froide car l’URSS est territorialement très proche des gigantesques réserves de pétrole de la région. C’est pourquoi,  les Etats-Unis en font une zone stratégique dans leur politique du containment. En 1972, l’Egypte abandonne le socialisme et entre dans le bloc occidental. L’Iran quitte le bloc américain en 1979 (révolution islamique) sans intégrer le bloc soviétique.
Depuis 1991, l’influence des Etats-Unis perdure : – Soit par le soutien privilégié à certains régimes : Israël, Arabie saoudite… – Soit par des interventions directes en Afghanistan (1991 puis 2001) et en Irak (2003).

-Des conflits régionaux.
Depuis le retrait des puissances occidentales, les principaux États du Proche et Moyen Orient se livrent une lutte d’influence dans la région, qui prend souvent la forme de nationalismes actifs.
UN EXEMPLE : LA GUERRE IRAN-IRAK (1980-1988)
Saddam Hussein justifie la guerre en utilisant :
- les oppositions entre groupes humains (Arabes contre Perses)
- les oppositions religieuses (sunnites contre chiites)
- Des motifs territoriaux (litige frontalier qui dure depuis 1975 = Chatt Al-Arab)
- Des motifs politiques (les Iraniens sont accusés de faire le jeu du « sionisme »).
Saddam Hussein, pour contrecarrer la puissance grandissante de l’Ayatollah Khomeiny, s’érige comme le défenseur, le chef de fil du monde arabe.

1973 : La guerre du Kippour
Ce conflit est la poursuite de l’opposition précédente car les pays arabes veulent récupérer leurs terres et permettre le retour des Palestiniens sur leur sol. Surprise durant une fête religieuse juive, Israël repousse difficilement les armées arabes coalisées.
Les Etats-Unis soutiennent Israël tandis que l’URSS soutient les pays arabes. Les Arabes décident de réduire leur production de pétrole jusqu’à la restitution des territoires occupés, ce qui provoque le premier choc pétrolier.

III-La montée de l’islamisme.

A. l’émergence de l’Islam politique

Le premier mouvement islamiste naît en Egypte en 1928 avec les « Frères musulmans ». Crée par Hassan al-Banna, ce mouvement prône une politique sociale réformatrice. A partir des années 1970, il se fragmente et se radicalise. L’islamisme devient alors un mouvement politique et religieux qui vise à instaurer un Etat et une société organisés selon les normes juridiques de la charia. Il repose sur la stricte
observance de la loi coranique dans tous les domaines de la vie publique et privée et sur la remise en  cause des valeurs occidentales présentées comme sataniques. Un moment clé de l’apparition de l’islamisme politique est la révolution iranienne de 1979 qui renverse le
Shah et porte l’ayatollah Khomeiny (1902-1989) au pouvoir.

b-La diffusion de l’islamisme au Moyen-Orient.
A partir de la fin des années 1980, on assiste à une diffusion rapide de cette idéologie qui devient une composante importante dans la vie politique. Par exemple, en Turquie, l’AKP (parti pour le Justice et le Développement), parti islamiste modéré gagne en 2002 les élections législatives et se maintient au pouvoir depuis même si ses dérives autoritaristes ont provoqué la colère des étudiants stambouliotes et d’une partie de la population en juin 2013 et plus récemment en février 2014.
Parallèlement, le réseau Al Qaida de feu Ben Laden accroit l’audience de cette idéologie en perpétrant de nombreux attentats et en ayant aujourd’hui des ramifications internationales. Aujourd’hui l’islamisme inquiète, d’autant plus qu’il étend son influence politique dans de nombreux États comme par exemple dans les territoires palestiniens avec le Hamas ou au Liban avec le Hezbollah.
C. Le tournant du 11 Septembre

Les attentats du 11 septembre 2001 marquent un tournant pour la région dans la mesure où les Occidentaux décident d’y intervenir directement au nom de la lutte contre le terrorisme et pour l’instauration de la démocratie.
Fin 2001, les EUA et une coalition de l’Otan interviennent en Afghanistan pour y chasser les Talibans
(protecteurs d’Al Qaida)
En 2003 et sans l’accord de l’ONU (la France qui utilise son droit de veto), Georges W Bush engage son pays dans une 2nde guerre contre Saddam Hussein, accusé à tort de protéger Al Qaida. Celle-ci est remportée en moins de six semaines : Bagdad tombe en mars et Saddam Hussein est capturé en décembre de la même année mais la paix ne parvient pas à être imposée sur le sol irakien.
L’interventionnisme occidental, souvent perçu comme une nouvelle forme d’impérialisme ne fait qu’attiser
les tensions régionales.
CONCLUSION
Le Proche et Moyen Orient constituent ainsi une des grandes régions conflictuelles du monde. La multiplicité des problèmes (volonté iranienne de se doter de l’arme nucléaire, guerre en Syrie, affirmation de l’islamisme politique…) et des facteurs d’affrontement rendent très difficile la pacification de la région.
C’est pourtant un enjeu clé des prochaines années pour la communauté internationale comme pour les
acteurs régionaux.

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